Baisse de FC = amélioration du rendement ?! Attention au raccourci (Partie 2/2).

Suite de l’article « Baisse de FC à une intensité donnée = amélioration du rendement ?! Attention au raccourci (PARTIE 1) » où on a pu voir qu’une baisse de la Fréquence Cardiaque (FC) à une intensité donnée n’est pas forcément corrélée à une amélioration du rendement de l’athlète ou encore à son niveau de forme.

On a appris qu’il est important d’avoir une approche globale pour étudier la réponse cardiaque en utilisant le lien dynamique existant entre FCexercice (FCexe), FCrepos (FCR), intensité d’exercice, perception de la difficulté de l’effort, niveau de fatigue perçu et niveau de charge d’entraînement voir même le stress engendré au quotidien (professionnel, personnel).

Pour aller un peu plus loin sur l’étude de la réponse cardiaque au sein du processus d’entraînement, on entend également parler de l’analyse de la variabilité cardiaque (HRV) comme un outil efficace pour améliorer le suivi d’entraînement permettant d’adapter la charge individuelle, d’optimiser la progression et de prévenir les risques d’overreaching/ overtraining. La variabilité cardiaque (HRV) correspond aux fluctuations perpétuelles du rythme cardiaque autour de sa fréquence moyenne. Son étude permet une mesure non invasive du système nerveux autonome (SNA).

Pour quelle raison est-il important d’analyser le SNA ?
L’équilibre du SNA permet le maintien de l’homéostasie de l’organisme (équilibre des différentes constantes de l’organisme). L’entraînement chronique va entraîner un déséquilibre du SNA. Si la charge d’entraînement est bien gérée l’organisme va s’adapter de manière positive et s’améliorer. A l’inverse si l’entraînement est excessif ou (surtout) mal mené il va provoquer une perturbation du SNA et par conséquent une mauvaise adaptation de l’organisme. En effet, un volume trop important ou une distribution des intensités mal gérée ne provoquera pas forcément une plus forte progression mais exposera très certainement l’athlète à une fatigue accrue, une adaptation négative de l’organisme et un risque d’overreaching/overtraining. Il peut donc être intéressant d’utiliser la réponse du SNA au sein du processus d’entraînement comme un indicateur de la capacité de l’organisme à s’adapter face au stress d’exercice.

Attention une nouvelle fois au raccourci !

L’analyse longitudinale HRV est un indicateur intéressant pour l’étude de l’adaptation de l’organisme face à la charge d’entraînement chronique ou encore la prévention des états de fatigue mais comme à l’image de la réponse cardiaque lors de l’exercice elle ne doit pas être le seul témoin utilisé sinon les conclusions tirées des différents indices HRV pourraient se révéler fausses. Une nouvelle fois c’est l’approche globale qui doit primer en utilisant le lien dynamique unissant les différentes variables : FC d’exercice, FC de récupération, Perception de l’effort, Etat de fatigue, niveau de charge et en dernier lieu l’analyse HRV.

Quels critères prendre en compte pour ne pas se tromper et améliorer le monitoring de la charge chez l’athlète pratiquant un sport d’endurance :

Une méta-analyse de Bellenger & al (2016) nous apporte des réponses intéressantes sur le sujet. Le but de cette étude était d’identifier les adaptations positives (amélioration de performance) et négatives (baisse de performance) engendrées par le suivi d’un entraînement dans les sports d’endurance sur la régulation de la FC qui est sous le contrôle du SNA. Ils ont mis en évidence que la régulation autonome de la FC, l’analyse HRV et la FC de récupération post-exercice sont des indicateurs intéressants pour étudier l’adaptation de l’organisme face au stimulus d’entraînement en endurance.

L’augmentation des indices suivants peut révéler une adaptation positive de l’organisme à la suite d’un processus d’entraînement en endurance :

  • Augmentation faible du RMSSD [marqueur temporel représentant l’activité parasympathique du système nerveux autonome], de la puissance des hautes fréquences (HFP) [reflète l’activité parasympathique du système nerveux autonome] et du SD1 [représente principalement l’activité parasympathique d’un individu] au repos
  • Augmentation modérée du RMSSD, du SD1 et FC post-exercice
  • Une forte augmentation de l’accélération de la FC

En parallèle ils ont également pu mettre en évidence une baisse de performance des athlètes en utilisant les indices suivants :

  • Une légère augmentation du RMSSD au repos
  • Changement non significatif de HFP et SD1 au repos
  • Augmentation du RMSSD et HFP post-exercice
  • Augmentation de la FCR post-exercice
  • Diminution de l’accélération de la FC post-exercice

On voit bien qu’il n’est pas évident d’analyser les données et d’en tirer des conclusions. D’un côté l’augmentation des indices vagaux (étude du système nerveux parasympathique) au repos et post-exercice sont évidents lorsque l’organisme assimile de manière positive la charge d’entraînement en permettant une amélioration des performances de l’athlète. D’un autre côté l’augmentation des indices HRV et de FCR peuvent également être liés à une mauvaise adaptation de l’organisme, à une forme d’overeaching (fonctionnel ou non-fonctionnel) et par conséquent une baisse de performance.

Conclusion :

La conclusion est pratiquement similaire à l’article précédent, à savoir ne pas faire de raccourci et se servir du lien dynamique existant entre FC d’exercice, FC de récupération, Perception de l’effort, Etat de fatigue, niveau de charge et analyse HRV. En étant toutefois prudent, il est intéressant de souligner l’intérêt que peut constituer la baisse de l’accélération de la FC qui pourrait être un indice potentiel pour déceler une fatigue induite par un entraînement excessif ou une forme d’overeaching.

Source primaire :

Bellenger & al (2016). Monitoring Athletic Training Status Through Autonomic Heart Rate Regulation: A Systematic Review and Meta-Analysis. Sports Medicine.